L’affaire du "Pain Maudit"

L’affaire du "Pain Maudit"
L’affaire du "Pain Maudit"

Les Français sont reputés dans le monde entier pour leur  pain. Imaginez si il était responsable de graves empoisonnements  alimentaires dans le pays,  parfois mortelles.


C’est pendant l’été 1951 que vois le jour l’affaire dite « du pain maudit » dans l’Hexagone, avec un paroxysme particulièrement brutal et meurtrier dans la ville de Pont-Saint-Esprit, dans le département du Gard (entre Orange et Montelimar).

Pont-Saint-Esprit, entre Orange et Montelimar.

À partir du 16 août, de nombreux habitants se ruent chez les deux médecins de la ville pour des problèmes digestifs. Nausées, vomissements, bouffées de chaleur et frissons…. Les symptômes d’une intoxication alimentaire ne font aucun doute. Pourtant, l’état des malades ne fait qu’empirer dans les jours qui suivent et tous connaissent des crises hallucinatoires impressionnantes voire dangereuses.


Très vite, les médecins de Pont-Saint-Esprit soupçonnent le pain d’être à l’origine de ces contaminations en série, ce qui pousse les habitants à se rabattre sur les biscottes. Pourtant, rien ne change et le pire arrive la nuit du 25 au 26 août 1951, toujours appelée la « nuit de l’apocalypse » par ceux de la région.

Ce soir-là, 23 personnes, qui souffrent de sévères hallucinations, doivent être internées dans des hôpitaux psychiatriques, d’autres se jettent par les fenêtres et un enfant de 11 ans essaie même d’étrangler sa mère. En tout, 5 à 7 décès sont répertoriés, qu’ils soient directement liés à la consommation du pain ou aux conséquences de la crise hallucinatoire.

Une du journal "Midi Libre" en date du Mardi 28 Aout 1951

Mais alors, qui a voulu autant de mal aux habitants de Pont-Saint-Esprit ? S’agit-il d’une erreur humaine ? D’un accident dans la fabrication du pain ?

Plusieurs pistes...

Les habitants de Pont-Saint-Esprit veulent savoir qui est responsable de leur malheur. L’enquête ouverte ne permet pas de conclure de manière formelle à une piste plutôt qu’une autre.

Au départ, la justice penche pour l’ergot du seigle, un champignon qui contient notamment de l’acide lysergique, dont est dérivé le LSD.

Ergot du Seigle

Les symptômes observés par les médecins font en effet penser à de l’ergotisme, maladie aujourd’hui disparue. Mais aucune trace d’ergot de seigle n’a finalement été retrouvée dans le pain ou la farine…

Les trois années qui suivent ces incidents, la justice se penche donc sur la piste de l’ergot du seigle mais aussi de l’agène, utilisée pour blanchir artificiellement le pain dans des machines importées d’Allemagne mais dont l’utilisation était interdite en France. Les symptômes liés à l’ingestion d’agène étant assez similaires à ceux de Pont-Saint-Esprit, la piste est évoquée, avant d’être totalement refermée par la justice, sous la menace d’un syndicat de meunerie.

58 ans durant, l’affaire a continué d’intéresser les locaux, mais aussi les toxicologues, bien qu’elle n’ait jamais été élucidée. Pourtant, en 2009, le journaliste américain Hank Albarelli publie un livre intitulé « A Terrible Mistake » et dans lequel il évoque les expériences de contrôle mental dirigées par la CIA dans les années 1950. Le LSD aurait alors été testé comme une arme de guerre sur des populations civiles, en étant pulvérisé dans l’air ou ajouté à des aliments de consommation.

Une du journal "Midi Libre" en date du 10 Mars 2010

Des documents déclassifiés auxquels le journaliste a eu accès évoquent notamment « l’incident de Pont-Saint-Esprit ». Des témoignages d’anciens chercheurs de la CIA affirment que la petite ville du Gard aurait subi une pulvérisation aérienne de LSD dans les années 1950, qui aurait été suivie par la contamination de produits de consommation.

Si aucune déclaration officielle n'a jamais confirmé une telle version, Bill Clinton s'était excusé en 1995 pour les expérimentations sur des cobayes involontaires au moment de la guerre froide.

Avait-il aussi Pont-Saint-Esprit en tête ?

Nous ne le saurons jamais car rien n’a été prouvé judiciairement ou scientifiquement… donc la question reste posée : Que c’est il réellement passé à Pont-Saint Esprit ?…

Histoire à retrouver, en autres choses, sur le podcast des jardins de la serenite :